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Des milliers d’hectares de terres agricoles seraient contaminés par des PFAS

« En France, 1 % des fertilisants appliqués sur les sols agricoles proviennent des stations d’épuration publiques », affirment Disclose et France 3. A cela s'ajoutent les boues issues des stations d'usine privées, dont les volumes ne sont pas connus.

Des boues d’épuration, contaminées par des PFAS, seraient épandues comme engrais sur plusieurs milliers d’hectares de terres agricoles en France. C’est ce qu’affirment les médias Disclose et France 3 dans une enquête publiée le 26 février 2026.

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Les deux médias indiquent notamment que sur les « 100 installations les plus émettrices de PFAS en France, un quart d’entre elles ont valorisé leurs déchets dans l’agriculture ces dernières années ». Pour mettre à jour ces vingt-trois usines, Disclose et France 3 disent avoir analysé plus de 400 000 résultats de prélèvements d’eaux usées dans l’industrie, entre juillet 2022 et décembre 2025. Or ces usines « recyclent leurs déchets d’épuration dans l’agriculture, alors qu’elles ont toutes rejeté au moins 1,5 gramme de PFAS en une journée » selon les médias.

Les PFAS, pour substances per- et polyfluoroalkylées, dits « polluants éternels », peuvent avoir des effets délétères sur la santé humaine : augmentation du taux de cholestérol, cancers, effets sur la fertilité et le développement du fœtus, etc. Massivement utilisés dans l’industrie depuis le milieu du XXe siècle, ils sont extrêmement difficiles à éliminer une fois présents dans l’eau ou les sols. Leur présence conduit parfois à interdire la consommation d’eau du robinet, comme récemment dans certaines communes de la Meuse et des Ardennes après la détection de taux anormaux.

L’épandage a été encouragé

Or, « l’épandage de boues d’épuration est encouragé par les pouvoirs publics depuis la fin des années 1990. En France, 1 % des fertilisants appliqués sur les sols agricoles proviennent des stations d’épuration publiques », affirment Disclose et France 3.

Dans leur enquête, les deux médias pointent, en plus du secteur de la chimie, les industries papetière et textile.

L’article de Disclose met notamment en avant un site situé dans le Rhône, où l’industriel concerné « a appliqué sur ses tissus près de 10 tonnes de liquides contenant des PFAS » en 2023. « Un an plus tard, la concentration de ces molécules dans ses boues d’épuration atteignait 2 417 microgrammes par kilogramme (μg/kg) », relate le média, indiquant s’appuyer sur un rapport d’analyse « obtenu auprès de la préfecture du Rhône ». « C’est beaucoup plus que les taux que nous avons mesurés (646 μg/kg) dans les boues de la papeterie de Stenay, responsable d’une pollution record de l’eau potable dans plusieurs communes de la Meuse et des Ardennes », ajoute Disclose à titre de comparaison. Or jusqu’en 2024, les boues de cette usine textile étaient envoyées vers des sites de compostage, avant de finir dans les parcelles agricoles.

Les médias listent 23 sites industriels ayant rejeté au moins 1,5g/jour de PFAS dans l’eau entre juillet 2022 et décembre 2025, et dont les boues d’épuration ont été épandues ou envoyées en compostage. (© Sources : Arrêtés préfectoraux ; Inspections DREAL, Portail sur l'assainissement collectif ; Déclarations des entreprises et collectivités, Carte : Disclose)

Pas de réglementation en France

Coûts pour la santé, dépollution des sols et de l’eau… Les PFAS pourraient coûter à l’Union européenne jusqu’à 1 700 milliards d’euros d’ici à 2050, selon un rapport publié fin janvier.

En France, il n’existe pour l’instant pas de réglementation encadrant la présence de polluants éternels dans les sols ou dans les aliments. Une directive avance au niveau européen, pour que les PFAS soient contrôlés par chaque État membre dans les eaux de surface et souterraines à partir de 2027. Certains pays comme l’Allemagne, l’Autriche ou le Danemark ont d’ores et déjà fixé des teneurs maximales en PFAS pour les boues destinées à l’agriculture.

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